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Euthanasie – PPL Fin de vie, pourquoi je voterai contre

Je voterai contre la loi sur l’euthanasie médicale dite « Proposition de Loi donnant et garantissant le droit à une fin de vie libre et choisie », voici pourquoi :

Le groupe d’opposition « Libertés et Territoires » a décidé de déposer une proposition de loi sur l’euthanasie médicalisée. Cette loi a été amendée et votée en commission des affaires sociales puis sera mise aux débats dans l’hémicycle en première lecture ce jeudi 8 avril 2021. J’ai déposé plusieurs amendements contre ce projet de loi.

Cette proposition de loi touche un sujet extrêmement sensible et intime pour chacun. Elle nous renvoie à l’épreuve douloureuse de l’accompagnement d’un proche en fin de vie mais également à la question de notre propre fin. Elle nous interroge sur l’image sociale et personnelle que nous nous faisons de la maladie et du caractère irréversible de la perte de nos capacités. Elle affecte également nos convictions philosophiques ou religieuses. Une telle question ne peut être traitée qu’avec la plus grande humanité et une réflexion profonde sur les conséquences individuelles et sociétales de ce choix. Et c’est bien dans cet esprit que je souhaite l’aborder.

Les personnes plaidant pour l’euthanasie et le suicide assisté considèrent qu’il est de la liberté de chacun de disposer de sa fin de vie. Ce serait un droit supplémentaire qui n’enlèverait rien à ceux ne faisant pas ce choix. Elle serait nécessaire parce que la loi Claeys-Leonetti ne répondrait pas à toutes les souffrances. Ne doivent-ils pas d’abord être mieux informés sur la loi actuelle ?

De plus, ils arguent qu’une très large majorité de français seraient en faveur de ces nouvelles dispositions. Une telle question ne se doit-elle pas d’être débattue de manière ouverte avec les français ? Parce que si l’on regarde de près les chiffres des sondages, suivant la précision des questions posées, la proportion de français en faveur de l’euthanasie varie de 24% à 90% !

Il faut d’abord lever les doutes. Oui, la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016 est la bonne réponse à la question de l’assistance des malades. Certes, mal connue elle doit encore être mieux enseignée dans le cursus médical et auprès des personnels soignants en activité. Souvent réduite à une loi pour lutter contre l’acharnement thérapeutique, elle pose aussi le cadre légal pour apaiser les souffrances des malades. Les soins palliatifs doivent être davantage accessibles, surtout à domicile, où l’utilisation des produits de sédation profonde n’est possible que depuis peu. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a par ailleurs annoncé un plan national de développement des soins palliatifs le mois dernier. Tous les soignants qui travaillent dans ces services confirment le soulagement des patients qui entrent dans ces protocoles.

Plaider pour un droit individuel, faire tomber cette barrière de l’interdiction de donner la mort, c’est aussi nier l’incidence que cela aurait sur l’ensemble de notre société. Or, dans les quelques pays qui ont légiférés dans ce sens on observe une banalisation du geste avec, année après année, un allongement de la liste des cas pour lesquels cette euthanasie devient possible sans plus de précisions. C’est le cas en Belgique avec l’augmentation des cas d’euthanasie pour troubles psychiques, symptômes de démences, cas de poly-pathologies, maladie d’Alzheimer ou encore l’ouverture de cette possibilité aux enfants en 2014.

Insidieusement, dès lors qu’un diagnostic engagerait les chances de survie ou l’espérance de vie d’un malade, que l’on se saurait condamné par une maladie incurable, la pression psychologique exercée sur les patients serait telle que le choix de vivre remis en cause.

Autoriser collectivement cette possibilité, c’est aussi changer son regard sur la vie en considérant que celle-ci, quelle qu’elle soit, ne vaut pas toujours la peine d’être vécue. Et qui peut se permettre d’en juger dans un pays à l’initiative de la déclaration universelle des droits de l’homme qui énonce dans son article 3 que tout individu a droit à la vie ?

Enfin, comment oublier que c’est un médecin qui devra effectuer l’acte de donner la mort. Qui sera ce médecin ? Certes il doit être volontaire mais en pratique, comment s’exercera ce consentement ? Quelles seront les conséquences à long terme pour lui et l’ensemble du corps médical ? La loi s’en soucie-t’elle ? Même responsabilité pour la personne de confiance à qui la possibilité de cette issue sera proposée. Ne peut-il pas y avoir un risque de pression sur les accords donnés ? Ou même une envie d’en finir plus vite parce qu’on ne supporte plus, pour soi, cette situation douloureuse ?

Un texte aussi important ne peut définitivement pas être abordé à la sauvette par une niche parlementaire, sans l’avis du corps médical et des Français et sous le coup de l’émotion d’une crise sanitaire sans précédent.


Christine Hennion